commentaire pour opus 55a

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Die letzte Blume (La dernière fleur) Ballet d'après une idée par James Thurber, op. 55a (1975)
livret: Klaus Meyer / Bertold Hummel

 

I. Movimento infernale et Pas de deux

II. Scherzo

III. Notturno

IV. Danza

V. Intermezzo meccanico début

VI. Mascherata début et fin

VII. Finale. Movimento infernale début

 

Première: 4 mai 1975, Würzburg, Stadttheater
Städtisches Philharmonisches Orchester Würzburg/Max Kink
Ballettensemble des Würzburger Stadttheaters, Choreographie: Klaus Meyer

La première affiche

Instrumentation: 3.3.3.3 - 4.3.3.1 - timbales, percussion, harpe, cordes, basse électrique

Durée: 55 minutes

Maison d'édition: N. Simrock Hamburg-London (Boosey & Hawkes)

video : Fragment op. 55c

 

LIVRET:

I. Movimento infernale and Pas de deux

Encore une fois un dictateur fait son entrée
avec ses soldats.
Ils se montrent violents
et commencent une guerre.

L'œuvre de l'homme est détruite,
et plus personne n'a le goût de vivre
à l'exception d'une fleur.
Cette fleur éveille à nouveau, chez la jeune fille et l'homme,
le plaisir de vivre.

II. Scherzo

Les enfants se remettent à jouer

III. Notturno

Les jeunes filles et les hommes recommencent à rêver.

IV. Danza

Les gens travaillent et rebâtissent leurs maisons.

V. Intermezzo meccanico

Les inventeurs et les chercheurs expérimentent de nouveau
et trouvent de nouvelles façons de séparer l'atome.
début

VI. Mascherata

Des prestidigitateurs divertissent le public. On se rencontre sur la place du marché.
Le dictateur et ses comparses s'opposent aux démocrates.

VII. Finale

Ils démontrèrent leur pouvoir. Et commencèrent de nouveau la guerre.
Cette fois, tout fut détruit. La fleur mourut la dernière.

 

Pictures of performances:

...et commencent une guerre. (Wurzbourg 1975)les chercheurs trouvent de nouvelles façons de séparer l'atome. (Augsbourg 1984)Des prestidigitateurs divertissent le public. (1975)
Le dictateur et ses comparses s'opposent aux démocrates. (1975)Et commencèrent de nouveau la guerre. (1984)La fleur mourut la dernière. (1975)

 

"La Dernière Fleur" de James Thurber sert de programme au ballet. C'est une histoire satirique en image, qui démontre d'une façon pénétrante que l'humanité n'a acquis aucune sagesse de ses expériences vécues au cours de l'histoire. Elle n'arrive pas à se défaire du cycle négatif que constitue la guerre, l'espoir, la reconstruction et à nouveau la guerre. Le fonctionnement du pouvoir et des dangers qui en découlent sont démontrés dans cette oeuvre.

Tiré du programme du théâtre de Augsbourg (1983/84)

 

Introduction à l'oeuvre

En 1974, le théâtre de Wurzbourg m'a commandé la musique pour un ballet basé sur une parabole de tableaux de James Thurber appelée "La Dernière Fleur".

James Thurber (1894-1961) jouit aux États-Unis d'une popularité semblable à celle de Wilhelm Busch ici. Kurt Kusenberg a parfaitement décrit le contenu de la parabole:

La "Dernière Fleur" est une allégorie mélancolique de l'absurdité de l'Histoire. Destruction et reconstruction se suivent indéfiniment, et on oublie par la suite qu'elles étaient les causes de cette guerre. Le livre commence avec l'image d'une catastrophe sur laquelle on voit des gens qui, " encore une fois, y ont échappé ". Ils sont pauvres, nus, apathiques et ils ne savent plus ce qu'est l'amour, la beauté et l'espoir. Ensuite, on voit un nouvel éveil aux joies de la vie, un nouveau début, la reconstruction et tout se termine avec une catastrophe encore plus dévastatrice. On peut considérer la parabole comme étant d'un pessimisme profond, mais elle renferme quand même un soupçon d'optimisme: la foi en l'indestructible, la croyance en la fleur. Les derniers hommes d'hier, sont en même temps les premiers de demain. La seule fleur qui échappe à la destruction totale, sera la mère de toutes les nouvelles végétations sur terre. Dans cette parabole, Thurber fait consciemment ou inconsciemment une confession: sa foi en l'humanité est un tout petit peu, mais quand même décidément plus grande, que ses doutes en sa folie.

Dans ma version, la foi en l'humanité est toutefois réduite à un minimum et le doute en sa folie illuminée. Elle signalise la fin des festivités et sert d'avertissement face aux puissances nucléaires qui nous menacent comme jamais auparavant.

Bertold Hummel

 

La musique

Bien qu'il soit marqué d'une unité stylistique qu'on ne peut méconnaître, le ballet "La Dernière Fleur" de Berthold Hummel, en partie à cause du déroulement scénique, expose de grands contrastes. Des soldats marchant à pas lourds, des jeux d'enfants, l'automatisation précise d'une machine, des sons filigranes, doux et florissants, pour ne nommer que les divergences les plus marquantes, ne posent aucun problèmes de compréhension. Elles font référence à ce qui se danse sur la scène et font spontanément allégorie à certains types de comportements humains. La conformité de la composition est très variée et ne se borne en aucun cas qu'à des clichés flagrants se rapportant à la réalité scénique. Les sept mouvements de l'oeuvre qui en partie sont enchevêtrés l'un à l'autre et d'autre part possédant plusieurs segments, suivent l'intrigue rattachant musicalement chacun des tableaux, bien que la musique, la détermination du contenu mise à part, possède une grande indépendance symphonique concertante.

Le premier mouvement, Mouvement infernal et pas de deux expose la problématique se servant d'un grand antagonisme. Après une vague sonore cabrante, dans laquelle on peut simultanément entendre les douze sons de la gamme, un des principaux intervalle de l'œuvre, le triton mi-si bémol, est pour ainsi dire martelé avec une pénétrante véhémence pour se joindre par la suite à des thèmes à récurrence fréquente.

Ce thème empreint de triton et d'une rythmique militante, fait apparition au cours de l'œuvre toujours là où l'intrigue présage la violence. La première apparition du dictateur est accompagnée de fanfares jouées par les cuivres, qui jouent des accords majeurs successivement un sur l'autre jusqu'à ce que le cycle chromatique soit complété et que la sonorité se brouille d'elle-même. À l'arrière plan on continue d'entendre le motif caractérisant le dictateur, ici noté dans une de ses variations:

En plus, s'ajoute après quelques mesures, le thème des sbires du dictateur. Des restes quasi-tonals, comme des accords de dominantes, s'agencent à un matériel autrement très chromatique et lui donne un caractère trivial, alors que dans l'intrigue il est question d'affaires futiles et de conventions sans fondement.

C'est après que la démonstration de pouvoir ait atteint son apogée, que commence musicalement, la première description de la bataille sur les motifs et les sonorités déjà exposés, dont le matériel rythmique et harmonique est effiloché. C'est ici qu'un effet anticipé atteindra la virtuosité au sixième mouvement. Pendant le déploiement des troupes, plusieurs phrases se superposent, chacune possédant une période différente, créant ainsi une structure sonore très dense. La mêlée se fige après qu'elle ait atteint son point culminant, et on entend derrière la scène, venant d'un autre monde, le thème de la fleur joué à la flûte. Soit, l'antithèse de tout ce qui s'est déroulé jusque là.

Venant de l'orchestre, le vibraphone en dialogue avec la flûte, amènent cette vision surnaturelle dans un monde réel. Un Pas de deux commence la danse toujours plus légère et pressée de deux amoureux; mis en marche deux fois par le thème de la fleur qui neutralise les intervalles mordants du thème principal, faisant place à l'univers sonore limpide des accords majeurs.

Dans le Scherzo qui suit le thème de la fleur s'étend, toujours un peu différent. Il demeure quand même diaphane avec le caractère mélodique naïf d'une chanson pour enfant, avec ses tierces et ses quintes et avec son accord majeur final créant un lien avec le mouvement qui suit.

Le troisième mouvement, Nocturne, est dominé par des accords majeurs. Le thème principal et le contre-chant sont transformés en douceur lyrique, entrelacés, qui remplissent les fonctions du mouvement lent d'une oeuvre symphonique.

Le mouvement idyllique est interrompu brutalement par une Dance du peuple formé de motifs mélodiques triviaux et d'une rythmique banale à caractère optimiste qui est repris dans le collage du sixième mouvement. Mais cette fois sans faire allusion aux principaux thèmes de l'œuvre. Ceux-ci sont toutefois présents dans le cinquième mouvement de l'oeuvre, Intermède mécanique.

Le thème de la fleur n'apparaît qu'une fois comme une vision furtive, donnant l'impression d'un corps étranger. Pendant ce temps, le thème principal est joué continuellement mais avec des changements caractéristiques modifiant ainsi le caractère originale en renversant son allure calculé et sa froide rationalité. Selon sa désignation, l'intermezzo pratique une technique de phrase qui n'est pas sans influence dans l'œuvre complète, la technique dodécaphonique est employée volontairement d'une façon mécanique devenant ainsi le symbole d'une froide préméditation.

La Mascherata qui s'enchaîne, est un contraste efficace dans lequel un cercle avec le premier mouvement se referme. Toujours plus inévitablement, les couches sonores se dissolvent d'une superposition très artificielle pour ne laisser apparaître qu'un profil musicale unique. Celui du dictateur après que tous les autres se soient tus.

Tous les thèmes qui furent entendus, qu'ils soient des mouvements précédant, nouveaux, des danses, du thème de la fleur, de celui du démocrate, de tout ce qui s'était joint au thème principal ou lui faisait opposition, s'estompent pour faire place au dictateur. Dans une reprise raccourcie du Mouvement infernal il continue la démonstration de pouvoir faite au début. On peut entendre une cadence de flûte courte et résignée, avant qu'elle soit éteinte par une couche atmosphérique, jouée par les cordes, devenant toujours plus dense.

Klaus Hinrich Stahmer

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